HOMÉLIE DE VENDREDI SAINT : Célébration de la Passion à NODASA
HOMÉLIE DE VENDREDI SAINT
Célébration de la Passion à NODASA
3 avril 2026
Les événements que nous commémorons pendant ce Triduum et qui constituent les mystères du temps pascal peuvent nous aider à bien comprendre comment, « en réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ». (Gaudium et Spes, 22).
Le chemin de croix que nous venons de faire avec beaucoup de piété et la lecture de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Jean que nous venons de suivre avec attention nous révèlent plusieurs choses parmi lesquelles je retiendrai trois (3) pour notre méditation à savoir : l’éternelle lutte entre la Vérité et la fausseté (le Mensonge), la compassion n’a pas de limite et le pardon. Je conclurai par une petite méditation sur le sens de la vénération de la croix ; ce geste simple que nous ferons au cours de cette célébration.
- La lutte entre la Vérité et la fausseté (le mensonge), l’éternelle bataille entre le vrai et le faux : C’est en réalité l’une des leçons que nous apprend l’évangile de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. On le voit lors du procès de Jésus devant Pilate. En effet, à l’époque de Jésus comme en ces temps qui sont les nôtres, il y a toujours cette lutte entre la Vérité et le mensonge. Et souvent, l’on constate que devant plusieurs situations de la vie, ceux qui soutiennent le mensonge ou la fausseté sont plus nombreux que ceux qui disent la vérité. La lecture de la Passion vient de nous le confirmer d’ailleurs car, nous avons tous suivi que c’est ceux qui jouaient le rôle de la foule qui s’imposaient par leurs nombreuses voix. Dans le cadre du procès de Jésus, Pilate semble, dans un premier temps se pencher du côté de la vérité en soutenant n’avoir trouvé aucun motif de condamnation pour Jésus mais, il se laissera vaincre par la foule, cette majorité qui, comme dans certains grands groupes de ce monde, opte pour la tricherie, choisit le mensonge en crucifiant la vérité. La figure de Pilate, cet étranger en terre juive, nous laisse deux enseignements : Elle nous révèle d’abord comment, devant une situation difficile, chacun de nous fait face à sa conscience qui, de manière générale, lui indique la bonne décision à prendre ou la direction à suivre mais, vient un moment où, à cause de la pression sociale, à cause de la peur de la majorité ou de la foule, à cause du « qu’en dira-t-on », on s’écarte de la voix de sa conscience, on se lave les mains pour se conformer à ce qui satisfait tout le monde même si l’on sait que cela n’est pas vrai. En agissant ainsi, nous ne sommes plus une personne unique ; on fait se dilue dans une foule sans visage. La figure de Pilate est aussi très importante, pour nous aujourd’hui, dans la recherche de la vérité.
Pour rappel, Pilate, qui tente au départ de dire la vérité en déclarant qu’ils ne trouvaient aucun motif de condamnation pour Jésus, n’est pas Juif. C’est un citoyen romain. Et la majorité qui influence le point de vue de Pilate en criant crucifiez-le, crucifiez-le, est juive. Le procès se passe en terre juive et, ce procès concerne les juifs. Une des leçons que nous donnent la présence de Pilate, cet étranger dans un procès purement juif, est que dans la recherche de la vérité, nous devons toujours chercher à prendre distance au problème qui se pose ; j’allais dire, « à nous faire étranger » de la situation, du problème pour pouvoir faire une bonne appréciation. Lorsqu’on est trop impliqué, il sera difficile de bien analyser les choses. Lorsqu’on est trop impliqué dans la magouille, par exemple, on ne saura plus dire en public que ce que nous avons est un produit de la tricherie ou du mensonge ; on soutiendra du n’importe quoi. Que de fois n’avons-nous pas refuser de dire la vérité en donnant libre court à la fausseté et au mensonge ? Oui, « mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas » crions-nous chaque fois que nous soutenons des choses contraires à la vérité. En choisissant volontairement et consciemment de nous écarter de la vérité devant une situation qui la requiert, nous portons le masque de la foule sans visage et nous laissons tomber notre vrai visage des enfants de Dieu créés à son Image et à sa Ressemblance.
- La compassion n’a pas de limite : C’est le message que nous pouvons retenir de l’attitude des femmes de Jérusalem dans il est question dans une des stations du chemin de croix. Si nous parcourons les évangiles, nous nous rendons compte que Jésus est né à Bethléem, loin de Jérusalem. Il a grandi à Nazareth, qui est aussi éloignée de Jérusalem. Il a passé la grande partie de sa vie publique en enseignant en Galilée, qui est encore à une bonne distance de Jérusalem. Les quelques fois que les évangiles signalent le passage de Jésus par Jérusalem sont rares : C’est à l’âge de 12 ans, lorsque ses parents (Marie et Joseph) Le perdent et finissent par Le retrouver au Temple au milieu des grands prêtres ; c’est aussi lorsqu’il guérira le paralytique qui avait passé 38 à côté de la piscine de Bethzatha (Jn 5) ; c’est encore lors de son entrée triomphale (ce que nous célébrons le dimanche des rameaux) ; le reste, il l’avait fait discrètement (puisqu’il ne voulait pas que les gens le sachent). C’est dire que même si sa renommée parcourait toute la Judée, la Samarie et la Galilée, plusieurs ne l’avaient pas encore vu et connu. Une des preuves de cela se trouve aussi dans le baisé de Judas qui sert de signe d’identification aux soldats envoyés pour l’arrêter. Les femmes de Jérusalem, qui voient Jésus souffrir et qui se lamentent en pleurant, ne le font pas nécessairement parce qu’elles Le connaissaient. Non ! Elles compatissent simplement à la souffrance d’une personne qui porte le poids de l’injustice et du mensonge. Chers Frères et Sœurs, nous qui n’agissons que lorsque le problème touche nos proches ou ceux de nos familles, apprenons des femmes de Jérusalem que la compassion n’a pas de limite. Enfants de Dieu, nous devons agir et réagir chaque fois qu’une personne humaine souffre. Tout ce que nous posons comme acte de charité et de bonté avec désintéressement envers toute personne reste graver dans la « mémoire de Dieu » comme le Visage du Christ est resté sur le linge de Véronique. Tous les « Simon de Cyrène », ces hommes et femmes qui aident leurs prochains sans tenir compte de leur provenance ou de leurs tribus, verront leurs noms inscrits dans le Royaume des Cieux.
- Le pardon : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ». Cette demande de pardon pour nous les pécheurs, Jésus l’adresse à son Père lorsqu’il se trouve déjà cloué sur la croix. Ouf ! Il faut oser l’imaginer lorsqu’on est souvent troublé et agité par des petites souffrances de la vie. Chers jeunes, permettez-moi de vous dire un petit mot concernant le pardon ; vous qui, à cause de l’âge, éprouvez beaucoup de difficulté à pardonner. Vous qui construisez des murs de séparation avec vos frères et amis, vous qui dites souvent « c’est fini ; j’ai mis fin avec cette relation ; je ne lui parlerai plus, etc » : Regardez Jésus sur la croix et rappelez-vous que c’est de la croix, lorsque tout semble fini, qu’Il nous accorde son pardon. Faites de même car, personne ne meurt pour avoir pardonner. C’est plutôt le contraire qui est nocif : Lorsqu’on est incapable de pardonner à quelqu’un, on court le risque de tomber malade. Demandez aux médecins, ils vous diront quelles sont les vraies causes des maladies comme la gastrite, l’hyper ou l’hypotension, etc. Tout n’est pas héréditaire ! Le Christ ouvre son cœur à ses bourreaux sur la croix et nous invite à faire de même avec tous ceux qui nous font du mal. Pas facile, certes ! Mais, c’est le chemin qui conduit au salut.
Conclusion : Le sens de la vénération de la croix. La vénération de la croix est un geste simple mais éloquent. Pourquoi la croix ? Pourquoi le Fils de Dieu porte cette croix ? En effet, la réponse à cette question se trouve dans le mystère de la création bien souligné dans la première lecture de la veillée pascale (Gen 1, 1 – 2, 2). Ce texte rappelle que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette image et cette ressemblance avaient été ternies par le péché. Et comme Dieu ne pouvait abandonner ce qu’il y a de Lui-même, il envoya son Image (son Fils) pour sauver ce qu’il avait créé à son Image. Christ, Image de Dieu (Col 1, 15) vient pour sauver l’homme créé à l’image de Dieu.
Permettez-moi, frères et sœurs, de Rappeler ici que sans péché, l’homme vivait dans « le jardin d’éden » (une espèce de paradis). Le jardin symbolise tous les soins, toute l’attention que Dieu porte sur l’homme (comme les hommes entretiennent leurs jardins, ainsi Dieu s’occupait de l’homme placé au jardin d’éden). La figure du serpent – par qui arrive le péché – signifie que le péché diminue l’homme, il le réduit à rien. Alors qu’en le créant, Dieu élève l’homme au rang de dieu (tu l’a voulu un peu moindre qu’un dieu – Ps 8 – ), en péchant l’homme est réduit au rang de ce qui est difficile à percevoir – le serpent –. En péchant, l’homme est vraiment diminué ; en péchant, l’homme devient presqu’invisible des radars de Dieu. (Plusieurs animaux imposants sont bien visibles : Hippopotames, Buffles, Lions, Léopards, Girafes, Éléphants, etc. Si le péché était passé par l’un d’eux, l’homme aurait peut-être gardé un certain niveau de visibilité et de hauteur. Mais, c’est par le serpent que le péché arrive pour rendre l’homme invisible alors que le Seigneur « l’avait voulu un peu moindre qu’un dieu » Ps.8).
Et le livre de la Genèse renseigne que, si avant le péché, le monde de Dieu et celui de l’homme n’étaient pas trop séparés, après le péché, l’homme est chassé du jardin d’éden, il est chassé du paradis pour aller se chercher la vie ailleurs. Il y a là comme deux mondes qui se créent : celui de Dieu, ou le péché n’existe pas, et celui des hommes rempli de péché. La croix est donc cet escalier que le Fils de Dieu vient planter dans notre monde pour relier celui-ci à celui de son Père. La croix est ce pont jeté par le Christ pour relier la rive des hommes à celle de Dieu. La croix est le signe de notre re-création. La croix est comme cet ascenseur qui nous sort du gouffre pour nous élever et nous rendre visible dans le monde de Dieu. C’est à travers ce bois de la croix que Dieu manifeste son amour infini pour nous. Vénérer la croix, c’est reconnaitre que plus rien ne peut nous anéantir et/ou nous écraser. Vénérer la croix c’est affirmer que malgré tous nos péchés, si nous suivons le Christ, nous formons partie de la race des Vainqueurs. Vénérer la croix c’est avoir nos pensées et nos cœurs tournés vers le Ciel, qui est la demeure de Dieu, et proclamer que le « serpent » ne nous tirera plus vers le bas. En passant par la croix, le Christ nous révèle que malgré la souffrance, la persécution, la douleur, le désespoir et même la mort physique, il y a une vie qui nous attend si nous Le suivons. C’est d’ailleurs ce qu’il fait, au jour de sa résurrection avec un des premiers gestes aux disciples : il leur montra ses mains, ses pieds et son côté transpercé ; une manière de leur dire : Voici ! J’ai connu la souffrance comme vous ; j’ai été fouetté comme vous ; j’ai été mis en prison comme vous ; injurié comme vous ; humilié comme vous ; j’ai connu la mort comme vous mais, j’ai vaincu tout cela. Vous aussi si vous croyez en moi et faites tout ce que je vous recommande, même si vous passez par toutes sortes d’épreuves et même par la mort, vous vaincrez comme moi. La croix nous indique clairement que dans le Christ, nous vaincrons ! C’est cela la Pâques que nous allons célébrer : notre victoire sur le péché et la mort. Christ est venu nous révéler cela. Célébrons avec foi tous les mystères de cette semaine sainte et le Seigneur nous élèvera. Que la Très Sainte Vierge Marie, Notre-Dame de la Sagesse, intercède pour nous afin que nous obtenions de Son Fils, la grâce de sa résurrection. Amen !
Donnée à NODASA,
le Vendredi Saint (2026)
+ Carlos NDAKA Sb.
Homelie Mgr Carlos Ndaka à Nodasa 03.03.2026